Il y a bien longtemps que je n'avais pas écrit un billet d'humeur... Certains vont encore dire que je râle tout le temps.

Hier et avant hier passait sur Arte "Mao, une histoire chinoise" et racontait l'ascension de cet homme parti de rien et, arrivé au plus haut niveau de l'Etat, adulé par presque un milliard d'hommes.

En regardant cela, ma tendre Nekibo me disait : "Je n'aime pas la foule". On voyait à ce moment des étudiants fanatiques prêts à tous pour voir Mao. Par la suite, des jeunes insultaient et tabassaient des anciens propriétaires terriens voire même des inconnus qui passaient soudainement du statut de révolutionnaires à celui de réactionnaires, simplement pour avoir posé des questions ou douté un tant soi peu des idées ou des effets de la révolution lancée par Mao. La foule est à l'origine de bien des excès, que ce soit pour la révolution française, la Commune de Paris ou tout simplement des gens qui en avaient assez d'être malmenés. Le problème c'est qu'elle embrigade les gens dans un système de pensée unique ou tout déviant est aussitôt montré du doigt et exclu (voire pire). Parfois même cela peut aller jusqu'à des hallucinations collectives (des "miracles" vus pas des centaines de personnes). Dans la foule, nous ne sommes plus individuels mais une partie d'un grand ensemble un peu comme dans une fourmilière ou une cellule d'un corps humain : nous allons tous dans le même sens et la cellule qui a une dysfonction est évacuée ou tuée. Dès alors, comment "rebrancher" son cerveau et sortir du torrent (comme dans la chanson "Né en 17 à Leidenstadt"). En effet, si tout l'appareil informatif est orchestré par un seul dirigeant qui l'oriente selon son dessein nous ne pouvons qu'adhérer à ses idées. C'est ce qui se passe au Etats-Unis où Bush fait peur aux gens en disant que les terroristes sont partout. En France, nous n'en sommes pas très loin quand on écoute les discours alarmistes de Sarkozy (d'ailleurs, à quand "La patrie en danger" ?). Souvenez-vous, en 2002 le thème (si je puis dire) des présidentielles était axé sur l'insécurité avec des petits vieux molestés juste avant les élections. Du pain béni pour la droite, surtout que toutes les télés abondaient dans ce sens. Juste après les élections, pouf ! disparue l'insécurité, le problème c'est que tout le monde y a cru. La foule est un abri pour les masses, pour les gens peu sûrs d'eux. Elle protège, elle alerte, elle mobilise, nous y sommes inexistants et quand elle se met en marche nous en devenons la force vive. C'est ce qui se passe dans "L'homme des foules" de d'Egard Poe ou un quidam ne vit que dans la foule et recherche sa présence protectrice. La révolution chinoise était forte à cause de la foule mais aussi des jeunes, toujours prompts à renverser l'ordre établi mais sans aucune expérience de la vie. Ils battaient les anciens pour les "recycler" et pouvaient tuer sur un simple parole de Mao "Une phrase de Mao équivaut à dix mille phrases prononcé par n'importe qui" disait un jeune. On peut tout faire par fanatisme : tuer, jeter un avion dans une tour, partir en croisade. Je me souviens d'un homme, très probablement collaborateur en France, lynché par la foule ; que faire contre cette marée humaine ? Il faut être très fort pour être détaché de tout cela et scander "ni dieu ni maître".

Mieux vaut d'être détaché de tout cela pour réfléchir et débattre de ses idées, c'est que les jeune maoïstes ont fait malgré eux en retournant dans les campagnes pour aider les paysans, ils ont ainsi vu que la politique de leur chef suprême n'était pas aussi au point que ça. Le réveil est parfois très dur voire insuportable pour certaines personnes.