Le chemin chemine, je suis encore loin de... ben je ne sais toujours pas trop où je veux aller. J'aurai dû y penser un peu mieux avant de me lancer. C'est vrai que j'en avais assez de cet automne interminable, de ce temps gris et pluvieux qui se poursuit trop longtemps en hiver et où la déprime s'installe. C'est une période que je supporte mal d'ordinaire, surtout depuis qu'il faut donner des activités aux enfants alors que j'aimerai lire, traîner sur l'ordinateur. J'ai déjà pensé au Portugal, paradis des retraités où au moins il fera beau en hiver mais il risque d'y faire trop chaud en été. Alors pourquoi pas au nord, en Norvège par exemple, là où l'été sera bien plus supportable mais l'automne un peu trop froid ? Que c'est compliqué ! Le mieux serait d'aller dans le pays qui m'arrange mais ignoré de tous. Un pays qui reste à inventer, qui n'existe pas ou qui a disparu depuis que les hommes se sont crus maîtres et possesseurs de la Nature. Parfois je rêve d'un petit coin d'Univers qui ne soit ni survolé par un avion ni saupoudré de plastique. En attendant, je marche. A quoi tenter de refaire le monde, autant fermer les yeux et plonger dans l'infini de l'imaginaire. C'est un peu ce qui rendait triste mon fils (enfin, le plus grand), qui regrettait que le monde ne soit pas comme dans les livres, avec des dragons, des créatures fabuleuses et des aventures épiques. Mon enfant, la vie telle qu'imaginée est sans doute bien plus rassurante que celle qu'on vous laisse en héritage.

Commence à faire chaud, à cinquante mètres un cheval me regarde, il doit aussi trouver le temps long dans son petit parc, à regretter les plaines de ses ancêtres. Si j'osais, je lui grimperait bien sur le dos, histoire de nous changer les idées, à tous les deux. Ça me fait penser à ces virées qu'il m'arrivait de faire quand je grimpais dans les voitures qui stationnaient devant la boulangerie, moteur allumé, le temps que le blaireau cherche sa baguette. Ha la tête du couillon qui voyait sa bagnole lui filer sous les yeux et ses explications à l'assurance ! Je ne partais pas loin, juste cinq minutes et je balançais les clefs dans une boîte à lettre avec le numéro de la plaque d'immatriculation, je ne suis pas un monstre non plus. Tant pis pour toi, copain cheval, on ira faire un tour un autre jour.

Ha, un petit coin sympa, loin du chemin, au bord d'un ruisseau, le pied pour laisser passer les heures les plus chaudes, je ne suis pas en cavale et personne ne m'attend. Le temps de tendre le hamac et je pourrais tenter de reconnaître le petit oiseau qui reviendra chercher sa pitance dans la clairière.