"Ce toit tranquille , où marchent les colombes"
Entre les pins palpite, entre les tombes
Midi le juste y compose des feux
La mer, la mer, toujours recommencée
ô récompense pour une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux"

J'aime bien cette première strophe du Cimetière marin de Paul Valéry. J'avais lu un extrait très court du dessin animé (ou du film d'animation) "Le vent se lève" du studio Ghibli. Le sous titre étant "Le vent se lève, il faut tenter de vivre". Ça m'a intrigué sur le coup et j'ai voulu retrouver le poème. Et je n'étais pas déçu par l'étrangeté du texte, pas facile à comprendre et je me suis mis en tête de l'apprendre, histoire de fortifier ma mémoire ô combien défaillante. J'avais imprimé sur deux feuilles le texte puis affiché le tout à un point stratégique de mon poste de travail : là où je chargeais les camions et j'avais cinq bonnes minutes idéales pour répéter.

Je dois dire que j'y ai mis le temps pour me souvenir de la première strophe car il n'a pas de liens entre les mots, les phrases, enfin pour mon intelligence moyenne. Et j'ai dû arriver à me souvenir des deux premières strophes qu'après plusieurs semaines. Enfin bon, à cette heure, je ne me souviens que du début de la poésie, va savoir quand je pourrais le relire dans son intégralité. Ça fait trois jours que je marche et faire ressauter ce court texte me rattache à mon ancienne vie, celle d'avant, celle où j'allais au boulot tous les jours ou presque. J'aimais bien mon boulot. J'y travaillais seul la plupart du temps, sauf en moisson où j'avais des jeunes (mes "esclaves" !) qui venaient m'aider. J'ai toujours apprécié la solitude, la présence des autres devenant parfois une contrainte. Suis-je un incompris ? Un asocial ? Un paria ? Je ne sais pas trop mais j'ai bien vite remarqué que mon fils ainé semblait me ressembler, au moins sur ce point.

Trois jours que je marche et tente d'oublier cette vie d'avant. Peut-être y reviendrais-je mais comment alors serais-je accueilli ? Certainement pas avec joie ou avec un collier de fleurs. Je suis parti comme un voleur, comme si les extraterrestres m'avaient enlevés. Floup ! Disparu.

Ha, voilà une épicerie. J'ai tout ce que j'ai besoin sauf mes satanées sucreries. J'aime bien les crêpes, je vais me prendre un sachet qui tiendra bien quelques kilomètres. Je sors quelques pièces, règle la caissière et repars. Il faut que je fasse attention à ne pas sortir trop d'argent d'un coup, je n'ai pas envie de me faire tabasser dans un sous-bois et me retrouver sans rien. Il faut dire que j'ai gardé tout l'argent liquide que j'ai pu prendre, retirant ici ou là cinquante ou cent euros au distributeur, jamais trop d'un coup, discrètement, histoire de ne pas attirer l'attention sur mes projets. Maintenant je dois prendre garde à bien cacher ce sésame sinon l'aventure s'arrêtera net.