Blog Orphanis.com

jeudi 31 mai 2018

Chapitre 2

Le chemin chemine, je suis encore loin de... ben je ne sais toujours pas trop où je veux aller. J'aurai dû y penser un peu mieux avant de me lancer. C'est vrai que j'en avais assez de cet automne interminable, de ce temps gris et pluvieux qui se poursuit trop longtemps en hiver et où la déprime s'installe. C'est une période que je supporte mal d'ordinaire, surtout depuis qu'il faut donner des activités aux enfants alors que j'aimerai lire, traîner sur l'ordinateur. J'ai déjà pensé au Portugal, paradis des retraités où au moins il fera beau en hiver mais il risque d'y faire trop chaud en été. Alors pourquoi pas au nord, en Norvège par exemple, là où l'été sera bien plus supportable mais l'automne un peu trop froid ? Que c'est compliqué ! Le mieux serait d'aller dans le pays qui m'arrange mais ignoré de tous. Un pays qui reste à inventer, qui n'existe pas ou qui a disparu depuis que les hommes se sont crus maîtres et possesseurs de la Nature. Parfois je rêve d'un petit coin d'Univers qui ne soit ni survolé par un avion ni saupoudré de plastique. En attendant, je marche. A quoi tenter de refaire le monde, autant fermer les yeux et plonger dans l'infini de l'imaginaire. C'est un peu ce qui rendait triste mon fils (enfin, le plus grand), qui regrettait que le monde ne soit pas comme dans les livres, avec des dragons, des créatures fabuleuses et des aventures épiques. Mon enfant, la vie telle qu'imaginée est sans doute bien plus rassurante que celle qu'on vous laisse en héritage.

Commence à faire chaud, à cinquante mètres un cheval me regarde, il doit aussi trouver le temps long dans son petit parc, à regretter les plaines de ses ancêtres. Si j'osais, je lui grimperait bien sur le dos, histoire de nous changer les idées, à tous les deux. Ça me fait penser à ces virées qu'il m'arrivait de faire quand je grimpais dans les voitures qui stationnaient devant la boulangerie, moteur allumé, le temps que le blaireau cherche sa baguette. Ha la tête du couillon qui voyait sa bagnole lui filer sous les yeux et ses explications à l'assurance ! Je ne partais pas loin, juste cinq minutes et je balançais les clefs dans une boîte à lettre avec le numéro de la plaque d'immatriculation, je ne suis pas un monstre non plus. Tant pis pour toi, copain cheval, on ira faire un tour un autre jour.

Ha, un petit coin sympa, loin du chemin, au bord d'un ruisseau, le pied pour laisser passer les heures les plus chaudes, je ne suis pas en cavale et personne ne m'attend. Le temps de tendre le hamac et je pourrais tenter de reconnaître le petit oiseau qui reviendra chercher sa pitance dans la clairière.

vendredi 18 mai 2018

Essai 1

"Ce toit tranquille , où marchent les colombes"
Entre les pins palpite, entre les tombes
Midi le juste y compose des feux
La mer, la mer, toujours recommencée
ô récompense pour une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux"

J'aime bien cette première strophe du Cimetière marin de Paul Valéry. J'avais lu un extrait très court du dessin animé (ou du film d'animation) "Le vent se lève" du studio Ghibli. Le sous titre étant "Le vent se lève, il faut tenter de vivre". Ça m'a intrigué sur le coup et j'ai voulu retrouver le poème. Et je n'étais pas déçu par l'étrangeté du texte, pas facile à comprendre et je me suis mis en tête de l'apprendre, histoire de fortifier ma mémoire ô combien défaillante. J'avais imprimé sur deux feuilles le texte puis affiché le tout à un point stratégique de mon poste de travail : là où je chargeais les camions et j'avais cinq bonnes minutes idéales pour répéter.

Je dois dire que j'y ai mis le temps pour me souvenir de la première strophe car il n'a pas de liens entre les mots, les phrases, enfin pour mon intelligence moyenne. Et j'ai dû arriver à me souvenir des deux premières strophes qu'après plusieurs semaines. Enfin bon, à cette heure, je ne me souviens que du début de la poésie, va savoir quand je pourrais le relire dans son intégralité. Ça fait trois jours que je marche et faire ressauter ce court texte me rattache à mon ancienne vie, celle d'avant, celle où j'allais au boulot tous les jours ou presque. J'aimais bien mon boulot. J'y travaillais seul la plupart du temps, sauf en moisson où j'avais des jeunes (mes "esclaves" !) qui venaient m'aider. J'ai toujours apprécié la solitude, la présence des autres devenant parfois une contrainte. Suis-je un incompris ? Un asocial ? Un paria ? Je ne sais pas trop mais j'ai bien vite remarqué que mon fils ainé semblait me ressembler, au moins sur ce point.

Trois jours que je marche et tente d'oublier cette vie d'avant. Peut-être y reviendrais-je mais comment alors serais-je accueilli ? Certainement pas avec joie ou avec un collier de fleurs. Je suis parti comme un voleur, comme si les extraterrestres m'avaient enlevés. Floup ! Disparu.

Ha, voilà une épicerie. J'ai tout ce que j'ai besoin sauf mes satanées sucreries. J'aime bien les crêpes, je vais me prendre un sachet qui tiendra bien quelques kilomètres. Je sors quelques pièces, règle la caissière et repars. Il faut que je fasse attention à ne pas sortir trop d'argent d'un coup, je n'ai pas envie de me faire tabasser dans un sous-bois et me retrouver sans rien. Il faut dire que j'ai gardé tout l'argent liquide que j'ai pu prendre, retirant ici ou là cinquante ou cent euros au distributeur, jamais trop d'un coup, discrètement, histoire de ne pas attirer l'attention sur mes projets. Maintenant je dois prendre garde à bien cacher ce sésame sinon l'aventure s'arrêtera net.