Je l'ai entendu, je ne sais plus où ni quand, mais il parait que le mal de dos est le mal du siècle (c'était peut-être le siècle dernier, j'ai plus de treize ans). J'ai donc acheté un matelas correct mais dans un premier temps ça m'a fait plus de mal que de bien. Pourtant, depuis quelques semaines ça va mieux (alors que je n'ai jamais été très sensible de cette partie de mon auguste corps). En fait j'ai changé ma façon de dormir ou plutôt de m'endormir. Je me couche dans la même position que je lis c'est à dire avec deux bon gros oreillers qui me redressent le buste, je dois alors avoir un angle de soixante degrés (à la louche). Très pratique pour lire mais pas vraiment adapté pour dormir. Il faut dire que j'ai toujours dormi sur le ventre, regardant vers l'extérieur du lit avec la jambe intérieure remontée, sans doute comme toi lecteur. Je me suis toujours dit que je ne pourrait jamais dormir sur le dos, être à l'hôpital était inconcevable car le lit était relevé (ou alors je regarde trop de films américains). Pourtant j'ai essayé de sombrer dans les bras de Morphée dans ma position de lecture après quelques endormissements en sursaut. Pas facile quand on aime être blotti sous les couvertures, protégeant son ventre en position fœtale (un reste de petite enfance sans doute). Et puis être allongé sur le dos c'est aussi comme ça que je serait dans ma dernière bière d'où l'habitude au Moyen-Age de dormir assis (et oui, c'est pour cela que les lits étaient petits !).

J'en viens donc au titre de ce billet. A chaque fois que je coupe la lampe je suspens le dernier sens : la vue, je suis face à un vide que je ne ressens pas en étant sur le ventre. J'éteins la lumière et je me prépare à mourir pour quelques heures... ou pour toujours qui sait ! Après tout qu'est ce qui différencie le sommeil de la mort ? Le réveil bien sûr et accessoirement le rêve mais qui sans réveil n'existe pas. Qu'est ce qui me dit que je vais bien réveiller le lendemain ? La nuit est temporaire ou éternelle ? Qu'est ce que la mort sinon un sommeil infini. Comment s'imaginer qu'au bout de la mort quelqu'un nous réveillera, et pourquoi. Je crois que c'est cette peur qui nous a fait imaginer un dieu, cette personne qui nous réveillera. D'ailleurs, si ce dieu nous réveille, quelle sera notre enveloppe physique, s'il y en a une ? J'y ai pensé en voyant ma tante qui est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle n'a plus conscience d'elle, c'est venu progressivement et maintenant son esprit s'est évaporé (ou il est ailleurs, va savoir). Si elle meurt demain et que dieu la rappelle à lui (vu sa vie, ça lui arrivera surement), quelle âge aura-t-elle ? Le paradis étant bien fait, tout le monde aura vingt ans, enfin pour ceux qui sont mort après (pour les enfants morts en bas-âge je ne sais pas, quelqu'un a surement une réponse). Trop tarabiscoté tout cela ? Bien évidemment. Quand on meurt la lumière s'éteint et ne se rallume jamais, pas plus que pour les mouches ou les alligators. On a inventé dieu par peur de la mort et parce qu'on a prit consciente de soi.

Reste... que j'ai quand même un doute, appelons cela une prémonition, une sensation que tout ne s'arrête pas aussi brutalement. J'ai la certitude d'être immortel et ce n'est pas Connor Macleod qui aura ma tête ! Une sorte de foi sans dieu. Peut-être la réincarnation ou peut-être rien du tout, une sottise de plus d'une poussière qui voulait être importante.

Bref, voilà quelques interrogations que je me pose lors de mon endormissement. La position couchésurledosmaisrelevéunpeuquandmême est assez propice à la méditation. Je m'endors en méditant (pas toujours sur la mort non plus) et j'avoue que j'aime assez (en plus c'est assez salutaire pour mon dos !). Allez, bonne nuit, vous êtes sans doute assez intelligent pour que ça ne vous fasse pas autant cogiter que moi.